Bonjour à tous,
Tout d'abord je remercie tous les collaborateurs de Cultisol qui avaient fait le déplacement au Brésil.
Je commencerai par la fin : je reviens d une semaine de repos au bord de la mer avec ma petite famille. J'en avais un grand besoin, je suis arrivé très faible (-8 kg) et exténué. Le ponton se dérobait sous mes pieds.
Désormais place au démontage du bateau, ça n'est pas la partie la plus ludique du projet !
Je vais vous étonner mais même si j ai tout fait pour gagner je ne suis pas déçu !!!! D'abord car je suis fier de ma course et de mon classement, ensuite ce qui est beau dans le sport c'est la performance, pas le résultat. Je me suis battu comme un diable et j'ai eu beaucoup d'ennuis. Tout va très vite à ce niveau et j'aurais pu être relégué loin derrière. J'ai été un peu gourmand cette année, j' ai cru que j'arriverai à tout faire mais reproduire les performances des courses de saison sur une transat n'est pas facile, je crois même que c'est impossible quand on travaille.
La course est tellement longue qu'il faudra qu'on se réunisse pour que je vous raconte tout mais voici un petit résumé.
Tout commence mal, après 15 minutes de course, j'ai un choc violent au niveau du genou, conséquence, je ne pourrai plus plier la jambe pendant 2 jours. Aie ! Après 36 heures, j'ai un problème de ballast, on en bave au près dans une mer pénible et voila que mon ballast se transfère sous le vent sans rien me demander. Je signe pour un combat de 5 heures avec ma vanne de transfert et l' inondation qui s'en suit à bord... Sympathique. Verdict : une heure de perdue sur les copains (5 places).
Je repars à l'attaque et au passage des Canaries je prends la tête de la course. J'appuie doucement sur l'accélérateur et ça marche, je creuse un peu l'écart. Je commence à rêver... Le vent monte et voila qu'a chaque fois que je veux me servir de mon pilote, inexorablement, le bateau fini 2 minutes plus tard le mât dans l'eau. Je dois donc barrer, je tiens le choc 24 heures mais le Brésil est encore loin, je dois manger, dormir, etc... Je dois donc ralentir le bateau pour trouver la panne. Je mettrai 24 heures, je perdrai 80 milles et la course. Après c' était très dur psychologiquement, pas facile d' accepter de revoir mes objectifs à la baisse. Tellement pas facile que je repars à l' attaque et je reviens dans le match !
Au passage du pot au noir, tout est jouable mais les dieux ont choisi leur camp : ça passe dans l' Ouest. Etant donné les infos météo dont on dispose, le placement dans le pot au noir relève de la roulette au casino, on joue et on attend le résultat.
En sortie de pot au noir, j'ai un coup à jouer mais je reste trop au près ( c'est comme ca que Hervé Piveteau m'a battu en 2007). Cette année il fallait faire l'inverse. Grrrrrrr. La encore, impossible d' anticiper sur nos bateaux.
Je ne lâche pas et je me bats avec Bertrand au passage de Fernando, on est a 500 mètres l'un de l' autre quand je découvre que j'ai une voie d'eau à l'intérieur par le puit de quille. Je suis obligé de ralentir le bateau tous les 1/4 d heure car je dois pomper si je veux éviter de remplir le bateau et de noyer mon circuit électrique. Cette corvée stressante et oppressante me coûtera 20 milles (200 fois 0,1 milles) et le podium. C'est dur mais c'est le sport. Je donne tout jusqu'au bout mais avec tous les efforts consentis pendant la course je n'en peux plus, je suis à bout d'une année riche, épanouissante mais épuisante.
Malgré tout je ne finis qu'à 1 heure du deuxième... Satisfaction, regrets, mon coeur balance...
Mon bébé et ma future femme (demande en mariage à l'arrivée) m'arrache des larmes de bonheur, j' ai choisi mon camp : c'est la satisfaction !
Jamais un amateur n'a gagné la mini, j'aurais pu y arriver, ça s'est joué à un rien.
Bravo à Thomas, Bertrand et Henri Paul !!!
Stéphane Le Diraison